Georges Coulonges Une interview exclusive.



Georges Coulonges
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De la chanson au roman, en passant par le théâtre et la télévision.
Georges Coulonges m'a reçu chez lui, pour en parler.
Cette interview est la seul qu'il ait accordé à un web média. Il a définitivement cessé d'écrire peu après.

Pourquoi l'auteur à succès, l'auteur de Potemkine, la jeunesse, six roses, la commune... a arrêté d'écrire des chansons ?
J'avais déjà croisé Georges Coulonges dans quelques salon du livre sans avoir osé lui poser la question...


CHANSON PRO : - Les chiffres... L'aventure chansons ce fut combien de textes ?

Georges Coulonges : Je ne sais pas... Est-ce qu'il faut considérer comme chanson ce que j'ai écrit au début ? Est-ce que pour vous c'est des chansons... Quand on nous donnait une musique et il fallait mettre des paroles dessus. - Sans entrer dans ces critères-là, disons référencées à la Sacem.
Dans les 200, pas plus.
- L'histoire de quelques-unes. Potemkine bien sûr en premier.
J'avais vu le film un soir à la télévision et pendant trois jours j'ai vécu avec ces images dans la tête... et un soir je suis rentré à la maison et j'ai écrit ce texte, je l'ai proposé à Jean et voilà
- Tout simplement ! Et trente ans plus tard il est encore là, il passe encore en radio, il génère encore des droits.
Oui, c'est formidable la chanson, j'ai mis trois heures pour écrire un texte qui rapporte encore de l'argent alors qu'il me faut une année pour écrire un roman !
- Et le général de Gaulle fait interdire cette chanson.
Oui, mais moi j'étais dans l'ombre. C'est Jean qui affrontait la censure. On lui disait "on vous aime bien monsieur Ferrat mais chantez une autre chanson", lui répondait non, si je chante c'est Potemkine ou je ne chante pas. Il y en a beaucoup qui auraient cédé...
- Avoir une chanson censurée, ça fait quoi ?
Je n'avais pas une haute opinion du Général de Gaulle. Je le soupçonnais de vouloir installer une dictature en France. La télévisi n'était pas libre, les médias c'était lui qui décidait. Alors censurer une chanson ça montrait bien la mainmise du pouvoir...   
- La Guitare Espagnole, avec René-Louis Lafforgue.
René me demandait souvent  quelque chose. Il a souvent fallut qu'on me demande pour que je fasse ! Alors un jour je me suis décidé. Et je lui ai donné ce texte. René resta sans bouger. Longtemps. Je me disais "il relit". Et quand il leva la tête, il pleurait. C'est un de mes grands souvenirs.   
- Six roses ?
Le mari d'Annie Cordy insistait. Dis Georges, tu pourrais pas écrire quelque chose pour Annie. Il insistait. Il insistait. Alors un soir en pensant à tous ces hommes qui n'ont pas envie de rentrer chez eux, pour qui le café c'est une maison, et qui refont le monde au comptoir, j'ai écrit six roses...
Annie en a fait une chanson gaie mais j'aurais bien vu quelque chose de plus pathétique.
- Pour six roses non plus vous n'avez pas écrit la musique. Vous n'écriviez jamais les musiques ?
J'avais des airs, des mélodies avec les mots dans la tête mais que ce soit avec Jean ou avec les autres jamais je ne les montrais. Je les laissais faire.  
- Et la dernière donc ça fait 30 ans.
Oui
- Pourtant dans "Gréco 83" on trouve un de vos textes
Ah oui, Jean l'avait pas chanté. Et je sais pas comment Juliette Gréco est tombée dessus...
- Vous voyez : même si les interprètes du moment ne font pas attention, des années plus tard un texte peut prendre vie...
Oui, j'aurais pu continuer à écrire deux trois textes chaque années, entre le reste... mais non, je ne peux pas avoir de regrets, quand je me souviens de ma jeunesse...

- Donc niveau écriture, plus rien. Pourquoi ?
Il faut que je vous raconte ma vie.
- On y va ! Enfant je rêvais d'être romancier. Je voulais être instituteur parce que je pensais que ça me donnerait la possibilité d'écrire. Mais j'ai eu 16 ans en 1939, ç'aurait dû être l'année de mon entrée à l'Ecole Normale.... A 18 ans je suis tombé d'inanition dans les rues de Bordeaux, j'ai repris conscience en sentant sur mes lèvres le goût du rhum et en entendant "il a faim... qu'est-ce que vous voulez... il a faim"... J'avais 18 ans et j'avais faim. Alors je suis retourné à Lacanau, chez mes parents et j'ai travaillé comme "marqueur" dans la forêt.
Voila comment s'est envolé mon rêve d'instituteur. Après la guerre, pour moi ce fut l'armée. Et après le travail. Et je me suis retrouvé à  la Radio de Bordeaux. Comme bruiteur. Un jour on m'a donné le droit d'écrire quelques textes pour la radio puis un autre j'ai créé le personnage d'un receveur, Julien, et ça a été le succès. J'étais une vedette dans tout le bordelais. Mais en 1956 je suis parti à Paris

- Pour faire connaître Julien dans la capitale ?
Non, pour écrire des chansons. Je voulais être parolier. Je ne connaissais personne alors je suis allé chez l'éditeur Paul Beuscher

- Pourquoi pour écrire des chansons ?
Je me disais que je saurais faire ! Mais je n'avais pas de chansons à montrer alors je suis longtemps resté à l'écart. On disait "si un compositeur en vogue sent qu'il tient un tube entre ses doigts, vous ne pensez tout de même pas qu'il va le confier à un débutant"... Puis Patachou a pris "La Musique". J'étais lancé.    La suite : Bourvil, les Frères Jacques, Francis Lemarque, Michèle Torr, Marcel Amont, Marcel Amont, Nana Mouskouri, Tino Rossi...
Et Jean Ferrat   "Georges, c'est curieux : maintenant tout le monde me propose des textes et toi... qui est mon ami... tu ne m'en proposes jamais" Alors quelques jours plus tard je lui en ai proposé un.
- Et s'il n'y avait pas eu Ferrat ?
Je crois que je me serais arrêté avant... René Desmarty me dit un jour "je ferai de vous le plus grand parolier de Paris" mais j'avais découvert le théâtre de Jean-Louis Barrault et ça avait été un vrai choc. "La Résistible ascension d'Arturo Ui" fut une révélation : je ne savais rien. Je fus pris d'une boulimie de lecture. Je ne m'intéressais plus qu'à l'histoire. La commune, son histoire. Car quand j'étais encore à l'école finalement c'était récent mais on n'en parlait pas. Ce qui m'a sidéré dans la Commune, c'est la façon dont on l'a racontée. Alors j'ai pris l'Histoire en sens inverse. Je suis reparti de la situation dans laquelle on était pour voir comment on était arrivé là. Et la chanson m'a permit cela. ça me rapportait de d'argent alors je passais mes nuits à lire. J'ai vraiment commencé à lire à 35 ans.
- Lire pour devenir écrivain ?
Pour ne plus être un imbécile !
Après il y eut donc la rencontre avec Jean-Louis Barrault, le travail en commun (Zadig...) ;  puis la télévision (Pause-Café...) et les romans (plus de vingt à ce jour), sans oublier, dans la chanson "La Commune en chantant", livre de textes de la Commune, devenu un spectacle scénique et un album. Un peu la révérence de l'auteur qui s'efface devant ces mots nés sans raisonnements commerciaux, simplement pour porter plus loin l'idée. 
 

- Mais les interprètes, vous les connaissiez encore pourtant...
Oui mais je ne les rappelais pas ! Et dans ce métier celui qui veut placer des chansons doit souvent insister. Et un auteur c'est très dépendant de l'interprète. Si Ferrat n'en veut pas j'en fais quoi ? L'auteur habille les vedettes.
- Pourquoi ne pas réécrire des chansons ?
Je ne saurais plus. C'est aussi une technique. Avant ça venait tout seul. Non, je crois que je ne saurais plus...  

- C'est le rêve d'enfance réalisé, la vision d'enfance presque on pourrait dire ?
J'écris un roman, je l'envoi à mon éditeur, il est publié et il est lu. C'est aussi une situation plus confortable que de travailler avec un metteur en scène au théâtre ou un réalisateur à la télévision.    La chanson aura donc été ce levier, ce moyen qui donna la possibilité à Georges Coulonges de "rattraper le temps volé". On naît écrivain... mais il faut du temps pour le devenir...
  Si vous souhaitez en savoir plus sur la vie de Georges Coulonges (dont les versants : théâtre avec Jean-Louis Barrault, déboires avec TF1, 1939-1945, la période communiste...) : "Ma communale avait raison", récit autobiographique, Presses de la Cité,1998.
Et s'il ne fallait retenir qu'un album, je crois "avoir compris" que celui consacré à la commune lui tient particulièrement à coeur

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